Swissroc a enfilé ses bottes de Cowboy pour parler d'innovation - Swissroc

Arch. & Tech.22.11.2018

Swissroc a enfilé ses bottes de Cowboy pour parler d’innovation

C’est le rendez-vous incontournable des professionnels de la construction. L’événement Groundbreak, organisé par Procore à Austin au Texas, a réuni du 13 au 15 novembre 2018 plus de 3000 participants en provenance de 15 pays. Trois jours intenses rythmés par des conférences, workshops et débats avec des experts et invités prestigieux, à l’image du CEO de Netflix, Marc Randolph, qui a prononcé un discours inspirant sur le fait d’oser entreprendre. Une conviction partagée par Swissroc Real Estate qui se profile aujourd’hui comme l’un des acteurs de l’immobilier les plus innovants de Suisse, avec notamment sa maîtrise du BIM (Building Information Modeling). Ouverte sur le monde et toujours à l’affût des dernières nouveautés, elle a envoyé une de ses équipes prendre le pouls du marché mondial de la construction. Zoom sur cinq grands enjeux qui ont marqué ce Groundbreak 2018.

LE DÉFI DE LA SÉCURITÉ 

Selon une étude nationale, le marché de la construction aux Etats-Unis emploie seulement 2% de la population mais est responsable de 24 % des accidents fatales au travail recensés. Un chiffre révélateur de l’enjeux que représente la sécurité sur les chantiers. De nombreux pays se sont montrés proactifs sur le sujet, par la mise en place de mesures strictes sur le terrain. En Grande-Bretagne, par exemple, les ouvriers doivent suivre une formation obligatoire avant le premier coup de pioche. Des entraînements vidéo ou encore la réalité virtuelle font partie des outils innovants utilisés par certaines entreprises. Ce type de protocole permet d’assurer la bonne réalisation des travaux, tout en garantissant un niveau de sécurité important. La Suisse accuse encore malheureusement quelques retards en la matière, malgré la mise en place de règles élémentaires et d’une charte de la sécurité. Rien que dans le secteur primaire de la construction et dans le second œuvre, il se produit chaque année plus de 50 000 accidents, selon les derniers chiffres de la SUVA.

« La Suisse est connue pour la qualité de ses réalisations, mais il reste encore beaucoup à faire en matière de sécurité » précise Julien Fersing, directeur de la filiale Swissroc Building Intelligence, invité à s’exprimer sur ce sujet.

Si la sécurité était l’une des grandes thématiques de ce Groundbreak 2018, c’est aussi parce que Procore en a fait l’une de ses priorités. La plateforme de gestion de projets en ligne, utilisée notamment par Swissroc depuis 2016, contribue à diminuer le risque d’accidents en mettant à disposition des chefs de projet et équipes actives sur le terrain des fonctionnalités toujours plus poussées. Avec l’intégration de caméras connectées et neural visual engine, il est ainsi possible de détecter, à partir de simples photos ou vidéos, certaines failles de sécurité, à commencer par le non-port du casque de chantier.

LE BOOM DE LA PRÉFABRICATION

Depuis une dizaine d’années, les solutions techniques proposées par les industriels se sont améliorées, séduisant toujours plus d’entreprises du bâtiment. Dalles précontraintes, fermettes, entrevous en matériaux de synthèse et autres prémurs en béton assemblés en usines se sont multipliés… Sur le chantier, le principe de réalité fait loi ! La préfabrication permet de gagner en efficacité et en qualité d’exécution. En effet, la réalisation en usine de différentes parties du bâtiment permet d’assurer une qualité d’exécution maîtrisée, propre au milieu industriel et d’optimiser la production à la chaîne, réduisant ainsi les délais et les coûts. Sur le terrain, elle permet de s’affranchir en partie des opérations de construction traditionnelles complexes avec une répercussion sur les plannings.

« Partant de la modélisation numérique du bâtiment, il est possible de gérer l’ensemble de la chaîne de construction, de la fabrication des pièces, à l’assemblage sur le site, en passant par l’optimisation des planning de livraison. », explique Julien Fersing.

La Chine fait partie des pays qui ont su industrialiser le mieux la construction, notamment en produisant de nombreux ouvrages en préfabriqué métal.

« Nous avons pu rencontrer des sociétés du monde entier, utilisant la préfabrication acier, béton ou encore bois, sur des projets allant de la simple maison à des tours de bureaux. Une des entreprises américaines présentes, nous a confié construire une villa en structure bois entre 4 et 6 mois et il s’agissait d’une petite entreprise! La qualité de réalisation n’est peut-être pas la même, mais il y a certainement des éléments intéressants à prendre.»

Une tendance qui amène à penser que dans quelques années, le chantier ne sera plus qu’un lieu d’assemblage et non plus de production. En Europe, la préfabrication reste toutefois encore peu développée. La raison, selon Julien Fersing, la simultanéité des opérations de production et de construction ainsi que la tendance à vouloir ajuster le projet en phase de chantier.

« Les acteurs de la construction ne sont pas encore prêts pour faire de la préfabrication en Suisse, car elle demande une grande coordination autant pour les clients et que les équipes de conception avant le lancement de l’exécution. Le BIM permet toutefois de démocratiser cette coordination grâce à des outils de collaboration avancés. ».

WOMEN IN POWER

La construction fait partie des secteurs d’activité encore largement masculins. En Suisse, par exemple, elles sont seulement 11% de femmes à avoir choisi une carrière dans le bâtiment, selon une étude de l’Office fédérale de la statistiques, publiée en 2016. Un chiffre qui tend encore à diminuer lorsque l’on s’attarde sur les fonctions dirigeantes. Selon les chiffres annoncés durant ce Groundbreak 2018, il faudra attendre 2030 pour avoir autant de femmes que d’hommes à des postes à responsabilités à l’échelle mondiale.

De nombreuses entreprises adoptent aujourd’hui une démarche proactive pour supporter les femmes dans un milieu où les stéréotypes genrés restent encore très présents. Selon Tamara Yang, ancienne Commandant dans la Royal Navy, la communication reste de la clé pour faire bouger les choses.

« La question n’est pas d’être capable ou non, d’avoir les connaissances nécessaires ou non, mais simplement de faire comprendre à ses collègues que nous devons travailler ensemble pour atteindre un objectif commun et que chaque personne a un rôle précis pour atteindre ce dernier », explique-t-elle.

Un message inspirant pour les nombreuses femmes qui composaient l’auditoire.

LA ROBOTISATION DE LA CONSTRUCTION

Les robots dans le secteur de la construction ne relèvent plus de la science-fiction. Ils sont bel et bien présents sur de nombreux chantiers, avec pour but de réduire les risques de blessures des ouvriers tout en augmentant leur productivité. Ces machines sont astreintes la plupart du temps à des tâches répétitives ou pénibles, telles que la réalisation d’un mur de briques.

« De plus en plus, le chantier se transforme en un lieu d’assemblage où l’homme coordonne les machines plutôt qu’un lieu de production synonyme de sueur et de pénibilité. Dans ce modèle, les robots ne sont pas là pour remplacer les hommes, mais pour les assister », explique Julien Fersing.

Un argument de taille pour séduire une nouvelle génération d’ouvriers « connectés » attirés par la technologie. Il faut dire qu’assurer la relève est l’un des grands défis auquel va devoir faire face la construction ces prochaines années, compte tenu de la vague de départs à la retraite annoncée des baby-boomers.

CHANGE MANAGEMENT

La transition numérique bouleverse non seulement l’industrie, mais également le secteur de la construction et ses divers acteurs. Les mandataires, entreprises et maîtres de l’ouvrage sont confrontés à ce changement technologique majeur. Souvent perçu comme brutal, le chamboulement des pratiques professionnelles dû au numérique requiert d’énormes efforts, à la fois intellectuels et économiques. Dans ce contexte, la prise de décision implique de lourdes responsabilités et les conséquences des mauvais choix sont immédiates sur l’adhésion des équipes.

Selon Julien Fersing, « Le change management passe par l’accompagnement de l’ensemble des équipes dans une transition numérique. Être à l’écoute des équipes en bas de la hiérarchie et résoudre leurs problèmes en intégrant de nouveaux outils permet de créer un environnement propice à l’innovation. Définir de petits objectifs rapidement réalisables motive les équipes à sortir de leur zone de confort. Personne ne souhaite changer brusquement ses habitudes, il faut donc aborder le changement avec une culture d’entreprise positive, un support et une implication de la direction tout en rendant la digitalisation fun et motivante. ». Une position adoptée par Swissroc Real Estate depuis ses débuts.

Julien Fersing, Directeur Swissroc Building Intelligence était l’un des intervenants de l’évènement GroundBreak 2018.

S’IL NE FALLAIT RETENIR QU’UNE CHOSE

« Selon l’indice McKinsey (lié au passage de la dématérialisation), le secteur de la construction est avant dernier en termes de digitalisation, juste avant l’agriculture. Il est intéressant de voir comment la construction est en train de changer en profondeur. Je ne considère pas la situation actuelle comme dramatique mais plutôt comme un avantage de taille. Les technologies et leçons apprises durant les 20 dernières années vont permettre de pousser la construction à la pointe de la technologie et ce, plus rapidement que l’industrie de l’automobile ou l’aéronaval a pu le faire en 50 ans. Il n’a jamais été aussi important d’innover et de sortir de sa zone de confort car, comme le CEO de Netflix l’a partagé avec nous, “ Nobody knows anything “.», conclut Julien Fersing, Directeur de Swissroc Building Intelligence.

 

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